Chaque vague technologique majeure a fait craindre la disparition des métiers créatifs. Le logiciel de mise en page devait tuer la typographie, le no-code devait tuer le développement web. Ni l’un ni l’autre n’a disparu — les deux se sont transformés. L’IA générative suit probablement la même trajectoire, mais à un rythme plus rapide.
Ce qui va probablement disparaître
Les tâches à faible valeur ajoutée : intégration mécanique de maquettes simples, production de contenu générique, correctifs répétitifs. Ces missions, déjà en tension côté tarifs, vont continuer à s’automatiser. Les profils qui se limitaient à l’exécution pure seront les plus exposés.
Ce qui va prendre de la valeur
À l’inverse, tout ce qui demande du jugement, du contexte et de la relation humaine va gagner en importance : comprendre un besoin mal formulé, arbitrer entre plusieurs directions créatives, garantir la cohérence d’une marque sur la durée, accompagner un client qui ne sait pas exactement ce qu’il veut avant d’en discuter. L’IA peut produire des options ; elle ne peut pas encore porter une vision.
Le rôle du designer-développeur évolue ainsi vers celui d’un chef d’orchestre : quelqu’un qui sait utiliser les bons outils, y compris l’IA, mais qui reste seul responsable du résultat final et de sa pertinence.
Pour les freelances : une opportunité plus qu’une menace
Paradoxalement, l’IA profite souvent aux indépendants polyvalents plus qu’aux grosses structures. Un freelance capable de gérer seul la direction artistique, l’intégration et la mise en ligne, épaulé par des outils qui accélèrent l’exécution, peut proposer une qualité proche d’une agence, avec des délais et des tarifs bien plus compétitifs.
En résumé
Le métier ne va pas disparaître : il va se recentrer sur ce que l’humain fait de mieux — comprendre, décider, créer du sens — pendant que les machines s’occupent du reste.
Rémy Penichon est designer UX/UI et développeur web, fondateur d’OKEYSHO, studio de design et développement web basé à Paris. Formé à l’informatique puis au design (architecture d’intérieur, design produit), il conçoit et code lui-même chaque projet, du wireframe à la mise en ligne.